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Dominique Prévot

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28 XII 2015

MenuLe livre de Claudette - Naissance d'un conte de fées...Menu

Créer un conte de fées

Un groupe scolaire : d'un côté la maternelle, de l'autre, l'école primaire avec ses deux cours préparatoires. La plus âgée des deux institutrices n'a fait que trois mois de C.P. dans toute sa longue carrière qui s'achève. La plus jeune, patiente, toujours disponible, aide avec gentillesse cette vieille débutante qui a tellement peur de se tromper. Catherine remorque Claudette. Une belle amitié naît entre la jeune, longue et mince Catherine la blonde et sa copine Claudette, coupe Jeanne d'Arc, cheveux blancs, dont le mètre cinquante passe sous le bras de son amie. Merci Catherine.

Et puis, un jour débarque à la maternelle un grand gaillard dynamique qui enjambe allègrement ce petit portillon ridicule qui sépare sa cour de la nôtre. On va travailler ensemble, dit-il. Claudette a connu des dizaines de réformes, mais collaborer avec une classe de maternelle, elle hésite. Cependant, pour écrire une belle histoire ensemble, elle s'enthousiasme.

Bonjour. Cette histoire débute donc dans une classe de grande section de maternelle. Dans une vaste enveloppe nous recevons de jolis dessins et un texte très court. Ainsi nous arrivent : deux sorcières, un chat, un perroquet, un grand coffre et sa petite clef d'or.

Au cours préparatoire, nous discutons ferme puis chacun dessine et écrit ce qu'il veut. Nous sommes au printemps, nos fenêtres ouvertes laissent certainement échapper nos ardeurs verbales !!! Ainsi vient de naître...

Les deux sorcières et la clef d'or

Deux sorcières vivaient dans un vieux château, sombre et délabré. Deux sœurs qui ne se ressemblaient pas du tout. L'aînée, Pélagie, vieille et grognon, était toujours accompagnée de son horrible Chat noir. La plus jeune, Amandine, rêvait de devenir un jour une jolie fée. Théodore, son ami le perroquet, l'encourageait en lui racontant des histoires un peu folles. Pélagie portait la même vilaine robe noire toute l'année. Amandine, au contraire, changeait de robe chaque jour. Elle avait une préférence pour la robe bleu-ciel et surtout pour les petits chaussons en velours très doux qui étaient exactement du même bleu. Les deux sorcières ne s'occupaient jamais de rien : elles n'allaient jamais à Carrefour le samedi pour faire les courses, elles ne faisaient jamais à manger, elles ne nettoyaient jamais leur vieux château plein de toiles d'araignée. Quand Pélagie avait faim elle faisait un grand geste plein de colère et aussitôt apparaissait un énorme rat cuit à point qu'elle avalait rapidement. Quand Amandine sentait qu'elle était trop fatiguée par tous les tours de magie qu'elle avait faits, elle posait calmement sa petite main sur la table. Aussitôt apparaissait un bon poulet fumant et un grand bol rempli de graines. Elle mangeait tranquillement le poulet tandis que son ami Théodore avalait ses graines. Amandine aimait bien Théodore ; elle n'oubliait jamais les graines préférées du perroquet. Elle donnait tous les restes du poulet à l'affreux Chat noir qui ne le méritait pas. Ce chat était aussi méchant, aussi mauvais que Pélagie sa maîtresse ; mais Amandine était si bonne.

Chaque jour, Pélagie et Amandine faisaient de drôles de concours. " Tu veux un cafard géant ? " Demandait Pélagie. " Et hop, le voilà ! " Amandine détruisait aussitôt cette affreuse bestiole. Amandine ouvrait tout grands les bras et tendait à sa sœur une magnifique gerbe de fleurs fraîches qui répandait un parfum extraordinaire dans cet humide château. Pélagie étonnée se demandait quoi faire d'une chose aussi inutile et d'un geste détruisait tout.

En arrivant à l'école un lundi matin, Sophie, une blondinette de six ans, nous décrivit le vase de Chine que sa maman avait reçu pour son anniversaire. Amandine, ce jour-là, offrit à sa sœur un vase de Chine aussi grand qu'une armoire. Le chat et le perroquet tournèrent longtemps autour du vase puis se battirent avec violence. On retrouva des morceaux de porcelaine noirs, rouges ou dorés dans les plus petits recoins de la salle de garde.

Le jeudi suivant, Julien un petit dur tout juste âgé de sept ans, magnifiquement coiffé en brosse décide que la méchanceté de Pélagie mérite qu'on lui coupe les cheveux. Il fait l'unanimité contre lui. Pélagie, protégée par toute une classe, conservera sa longue chevelure.

Le jour où le chauffage tombe en panne et que nous repoussons les tables pour dégager un espace, Pélagie et Amandine viennent danser avec nous. Elles ont si froid dans leur vieux château plein de courants d'air !

Ainsi, notre vie est étroitement mêlée à la vie de nos deux sorcières. Les deux bureaux sont envahis de textes, de dessins, nous avons toujours quelque chose de nouveau à ajouter. Il fait un temps magnifique, toutes les baies, côté cour, sont largement ouvertes. La gentille Dame de Service apporte une note à lire de suite, elle entrouvre la porte ; aussitôt, le courant d'air malicieux, provoque un formidable envol de dessins et de textes. Nous comprenons enfin qu'il va être impossible de tout classer, de tout garder. Heureusement, Brigitte, la Dame de Service, est là. Elle trie, classe, découpe, colle. Quel dommage de la voir faire la baie vitrée du préau, elle qui sait si bien s'occuper des enfants ; j'avoue la kidnapper le plus souvent possible, les enfants l'adorent et moi aussi. Merci à toi, Brigitte de venir si souvent participer aux activités de la classe. Un grand merci à Nicole, notre Directrice, qui encourage Brigitte, se privant ainsi d'un couloir rutilant.

Aujourd'hui, Pélagie, Amandine, Théodore le perroquet, et l'horrible Chat noir sont réunis dans la grande salle du château. Pélagie est la présidente, c'est-à-dire qu'elle parle sans arrêts, et que les autres ne peuvent rien dire du tout. Alors on entend une chose incroyable, une chose impensable, une chose inouïe : Amandine crie, Amandine se met en colère, elle dit qu'elle veut parler, qu'elle a quelque chose d'important à dire. Sa sœur, surprise n'en revient pas et du coup, se tait.

Amandine déclare qu'elle est adulte puisqu'elle est née il y a exactement deux cents ans. Amandine ajoute qu'elle n'est plus une petite fille, et qu'elle ne veut plus obéir aux trois cent cinquante ans de Pélagie.

Alors il se passe une chose incroyable, une chose impensable, une chose inouïe : Pélagie devient triste. Elle qui ne connaissait que la hargne, que la colère et que la méchanceté, est triste. Elle a tellement ri aux éclats, de voir les gens pleurer, qu'elle ne sait plus quoi faire. Alors, elle donne un énorme coup de poing sur la table. Elle ne va pas avouer sa peine : C'est trop nouveau pour elle ! Le château résonne, et l'on entend mille coups de poing. Et pour la première fois aussi, on voit une chose incroyable, une chose impensable, une chose inouïe : le vilain Chat noir et Théodore le perroquet s'enfuient ensemble, apeurés par tant de vacarme.

Les jours passent, Pélagie et Amandine font comme s'il ne s'était rien passé. Elles reprennent leurs jeux habituels de sorcières : et voici un cafard, et je t'offre un bouquet, et voici un violent orage, et j'allume un bon feu dans la cheminée pour te réchauffer ; Pélagie a retrouvé son sale caractère et son plus grand plaisir est de martyriser les Humains. Amandine s'efforce de réparer les dégâts causés par les méchancetés de sa sœur. On dit tout bas dans ma classe que les inondations de Nîmes le trois octobre mille neuf cent quatre vingt-huit ont été provoquées par Pélagie. On murmure aussi que chaque année, sa plus grande joie, au moment des fortes chaleurs, est de mettre le feu à la garrigue desséchée. Enfin, Pélagie est responsable des orages violents qui s'abattent sur Montpellier en plein hiver.

Pélagie et Amandine ont toujours vécu dans ce vieux château, sombre et délabré. Pélagie se dit qu'il est impensable de vivre ailleurs : c'est un Vrai Château de Sorcières, qui grince, qui craque, qui laisse pénétrer le vent tournant, le vent hurlant. Pour Pélagie, c'est le Château Idéal. Ce château est tout de même habitable. On y voit des fauteuils confortables, des bancs géants, des tables immenses, des lits minuscules, et surtout de bons gros poufs, de bons gros coussins où l'on est si bien assis. Dans ce vieux château, il n'y a pas d'armoire, pas de buffet, pas de placard, il y a seulement des coffres. Des coffres, il y en a partout ; ça sert d'armoire, de buffet ou de placard, il y en a d'immenses, mais plus ils sont petits plus ils sont intéressants.

Un coffre intéresse particulièrement Amandine. Ce coffre est un coffre en bois entouré de larges bandes de métal. Il a une serrure très compliquée, une serrure à secrets. Ce coffre est posé par terre au beau milieu de la chambre de Pélagie. Jamais, la jeune sorcière n'a pu pénétrer dans la chambre de sa sœur. Elle n'a pas assez de pouvoirs ; une barrière invisible et infranchissable empêche de poser la main sur la poignée de la porte. Amandine ne peut ni entrer dans la chambre, ni ouvrir le coffre magique dont elle ne possède pas la clef.

Amandine ne se décourage pas. Elle veut partir du château trop froid et trop triste à son goût. Elle veut ouvrir le Coffre, y prendre la Clef d'Or qui repose là depuis au moins mille ans. Elle veut devenir une belle et bonne fée. Elle veut partir très loin, vers le Château Du Bonheur, ne jamais revenir au Château Des Sorcières. Le jour où elle aura enfin la Clef Magique elle pourra ouvrir toute grande la porte du Château du Bonheur. Elle essaye donc plusieurs fois sans y parvenir.

Pélagie sait très bien ce que complote sa petite sœur avec l'aide de Théodore, le perroquet. Le vilain Chat noir, d'ailleurs, les espionne continuellement. Elle sait qu'Amandine désire lui voler l'énorme trousseau de clefs qu'elle garde toujours sur elle.

Ce matin, Amandine, la jeune sorcière, se lève avant le jour. Le ciel a des reflets blanchâtres, le soleil n'est pas encore apparu sur la colline et le sinistre Château reste dans l'ombre. Amandine s'agite et met sa chambre en désordre. Elle cherche, elle fouille et enfin elle trouve ce qu'elle désire. Elle découpe un grand morceau de tissu blanc. Elle s'enveloppe dedans et personne ne peut la reconnaître : on croirait voir le Grand Fantôme Blanc. Mais le Chat noir, curieux et levé depuis longtemps, la regarde se déguiser, et court réveiller la Vieille Sorcière. Il la secoue, il la bouscule, il lui raconte tout. Quand Amandine apparaît ainsi vêtue, Pélagie n'a pas peur du tout. Amandine vient d'échouer pour la première fois...

Un mois passe. Amandine et Pélagie reprennent leurs jeux ; mais Amandine écoute les clefs cliqueter dans les jupes de sa sœur. Elle ne pense plus qu'à cela. Il faut qu'elle ouvre le Coffre de bois cerclé de métal, qu'elle prenne la Clef d'Or, qu'elle se sauve vers le Château du Bonheur.

Le soleil est couché depuis longtemps déjà. Ce soir, Amandine fait bien attention que le vilain Chat noir ne la suive pas. Elle dit : " bonsoir je vais me coucher ", et monte dans sa chambre. Elle y met un grand désordre. Elle cherche, elle fouille et enfin elle trouve ce qu'elle désire. Elle découpe un grand tissu noir et se cache entièrement dedans. Elle descend le sombre escalier, pénètre dans la grande salle obscure, et s'approche de sa sœur sans rien dire. Pélagie recule effrayée : elle croit voir Le Grand Fantôme Noir. Amandine pense alors qu'elle a gagné. Hélas, à ce moment précis, Théodore, le perroquet, vient se poser sur l'épaule de la Jeune Sorcière. Aussitôt, Pélagie reconnaît la pauvre Amandine désespérée. Amandine vient d'échouer pour la seconde fois...

La Jeune Sorcière ne se déguisera plus. Elle cherche une autre idée. Un après-midi où les deux sorcières jouent ensemble, Amandine lance de la poudre sur Pélagie. La vieille sorcière aveuglée se met à hurler, se jette par terre et s'y roule. Aussitôt, la Jeune Sorcière lui saute dessus et essaie de fouiller dans les nombreuses poches de la robe noire. Pélagie se tourne et se retourne dans tous les sens et la pauvre Amandine ne peut jamais enfiler une main dans tous ces plis. Pélagie se redresse avec force, part à tâtons et se lave les yeux. Cet après-midi-là, la pauvre Amandine a échoué pour la troisième fois... Dorénavant, Pélagie surveille attentivement la jeune fille qui pleure beaucoup. La Jeune Sorcière essaie tout ce qui est possible.

Un soir d'automne, où il fait plus froid et plus gris qu'à l'ordinaire, la Jeune Sorcière se transforme en un énorme Monstre à trois pattes. Il est bien joli, ce Monstre à trois pattes, vert et rose. Il a une sorte d'arête noire sur le dos, une arête très amusante vraiment. Hélas ! Pour Amandine, le Monstre à trois pattes est un monstre souriant. Le Chat noir en a très peur. Mais, Pélagie reconnaît immédiatement sa petite sœur dans ce monstre-là, à cause du sourire. C'est la quatrième fois qu'Amandine échoue.

Vers Noël, Amandine se transforme en Dragon vert, crachant du feu. La Vieille Sorcière a d'abord très peur. Mais le Dragon vert se met à parler. C'est une énorme erreur ! Le gigantesque Dragon vert dit d'une voix douce : " Je veux la Clef du Coffre Magique ! ". Alors Pélagie, la Vieille Sorcière éclate de rire, et Amandine, redevenue elle-même pleure : Et de cinq se dit-elle...

Au printemps suivant, apparaît dans les prés fleuris un Grand Dragon Marron. Il est énorme, il crache du feu. C'est un vrai dragon tout à fait effrayant. Cette fois-ci, Pélagie a vraiment très peur et se transporte par magie à l'intérieur du Château. Elle colle alors son grand nez pointu sur une petite ouverture et regarde attentivement le Grand Dragon Marron qui se déplace dans la prairie. Elle est stupéfaite par ce qu'elle voit : le Grand Dragon Marron avance lentement, calmement, soulève une lourde patte puis une autre et les repose en prenant bien soin de n'écraser aucune fleur. A ce signe, Pélagie reconnaît Amandine. La Vieille Sorcière éclate d'un rire énorme qui secoue tout le Château. Amandine désespérée s'enfuit dans sa chambre et pleure toute la nuit. Pour la sixième fois, elle vient d'échouer...

Alors Pélagie se met à surveiller sa sœur jour et nuit. Un après-midi, Amandine semble très occuper à embellir le Château : et je décore les murs de belles tapisseries, et je glisse des tapis moelleux sur le carrelage humide, et je mets des vases chargés de fleurs. Bref, Amandine s'amuse follement. Pélagie, fatiguée et sans méfiance, s'endort profondément dans son fauteuil près de la cheminée. Amandine regarde sa sœur, attend un peu, et transforme la Vieille Sorcière en Souris. Alors, le vilain Chat noir saute sur la Souris endormie pour la dévorer. Pélagie se réveille en sursauts et instantanément une Sorcière laide et méchante réapparaît. Mais, être méchant quand on a failli être dévoré tout cru, c'est normal, non ? Et de sept, se dit la Jeune Sorcière. Les jours passent, Amandine devient de plus en plus triste. Elle ne s'amuse plus et ne parle presque plus. Théodore essaie de la distraire. Il s'envole dans tous les recoins du Château. Un jour, en se perchant sur le rebord de la fenêtre de la chambre de Pélagie il s'aperçoit que le Coffre n'y est plus. Il se précipite vers Amandine pour lui raconter sa découverte. Amandine recommence à sourire et à courir dans toutes les salles. Chaque jour elle explore une nouvelle pièce, une nouvelle cave, un nouveau grenier. Elle ne trouve pas le Coffre magique.

Agacée, énervée, la très douce Amandine remplit un grand seau d'eau et le jette sur Pélagie ahurie. Amandine demande de l'excuser. Elle aide gentiment sa grande sœur à changer de vêtements. Elle fait un paquet des vêtements mouillés et dit qu'elle va les laver à la rivière comme elle a vu les jeunes filles du village le faire. Que Pélagie ne s'inquiète de rien ! Elle étendra les vêtements sur la prairie pour les faire sécher ! . Amandine fouille dans les nombreuses poches. Elle trouve enfin la Clef du Coffre en bois cerclé de métal. Mais maintenant qu'elle a la Clef, elle ne sait pas où le Coffre est caché. C'est désespérant. Pélagie arrive, tend la main sans rien dire, et Amandine rend la Clef du Coffre. Elle vient d'échouer pour la huitième fois...

Amandine surveille Pélagie qui surveille Théodore qui surveille le Chat noir qui surveille Amandine... Amandine s'aperçoit que sa grande sœur la laisse seule très souvent dans la journée. Théodore lui apprend que Pélagie s'enferme dans la plus haute tour, là-haut, sous le toit d'ardoise. Un soir où Pélagie somnole en regardant les flammes danser dans la vaste cheminée, la Jeune Sorcière a une idée extraordinaire. Elle grimpe jusqu'au donjon. Elle devient d'abord invisible. Puis, pour ne pas faire grincer la porte en l'ouvrant, elle diminue sa taille, s'aplatit, se glisse comme une feuille de parchemin entre le sol et le dessous de la porte. Elle se retrouve, enfin, face au Coffre. Hélas ! Elle n'en a pas la Clef. Alors, elle devient Clef du Coffre ! Une drôle de clef, une clef qui a des pieds et des mains, une clef qui grimpe seule jusqu'à la serrure et qui essaie de la faire tourner. Au cours de la nuit, Amandine prend toutes les formes de clef qu'elle peut imaginer. Aucune de ces clefs ne réussit à ouvrir le Coffre Magique. Quand le soleil se lève, elle se sauve, se jette sur son lit et dort jusqu'au soir. Pélagie inquiète vient plusieurs fois la regarder. Les bonnes joues roses de sa jeune sœur la rassurent. Cette gamine de deux cents ans joue trop, elle s'épuise, pense Pélagie et elle la laisse dormir. C'est la neuvième fois qu'Amandine échoue...

Enfin, vers la fin de l'été, Pélagie, la Vieille Sorcière, grimpe jusqu'au sommet de la tour. Elle s'enferme, mais elle oublie de faire le Grand Geste Magique, celui qui met les barrières invisibles et infranchissables, celui qui empêche de poser la main sur la porte. C'est une monstrueuse erreur... Elle ouvre le Coffre Magique, en sort la Clef d'Or qui brille sous les rayons du soleil levant. La Jeune Sorcière grimpe avec souplesse l'étroit escalier qui monte jusqu'au sommet de la tour. Tout en grimpant, Amandine devient la Sorcière la plus laide, la plus affreuse que le monde n'eut jamais vue. Elle entre, terrible, féroce, muette, et s'avance lentement sur la pauvre Vieille Sorcière terrifiée. Pélagie a tellement peur qu'elle laisse le Coffre Magique grand ouvert. Elle lâche la Clef d'Or. La terrible Sorcière se précipite, ramasse la Clef d'Or, et se sauve. Quand Pélagie comprend que sa petite sœur vient de partir, emportant La Clef Du Bonheur, il est trop tard... Amandine a réussi. ELLE A CONQUIT LA CLEF DU BONHEUR.

CONCLUSION

" J'ai la Clef d'Or, j'ai la petite CLEF d'Or " se répète Amandine, et elle laisse éclater sa joie. Elle serre très fort Théodore, son Perroquet, elle l'embrasse, elle l'étouffe. Sa première idée est de se transporter instantanément, par magie, devant le Château du Bonheur. Puis elle réfléchit et se dit : " Le Bonheur, ça se gagne ! ". Elle décide donc de faire tout ce long chemin à pieds comme les Humains. Elle marche des jours et des jours. Elle se repose dans la forêt. Elle boit de l'eau de source. Cependant, chaque midi, elle ne résiste pas et pose calmement sa petite main bien à plat sur l'herbe. Aussitôt apparaît un bon poulet fumant et un grand bol rempli de graines. Puis Amandine continue son chemin jusqu'au soir, elle, toujours marchant, Théodore toujours volant. Cela dure depuis des jours et des jours.

Enfin, à l'époque des vendanges, ils arrivent en vue du Château du Bonheur. Tous les Humains travaillent beaucoup. Amandine les observe et est très étonnée. Il y a des charrettes, des tracteurs et des remorques. Il y a des " Coupeurs " qui coupent les grappes de raisin, il y a des " Porteurs " qui emportent de lourds paniers d'osier chargés de raisin jusqu'aux remorques tout au bout du champ. Amandine est émerveillée de voir tout cela et se précipite vers les Humains. Mais eux, qui travaillent si vite et si fort depuis l'aube, regardent avec mépris cette drôle de Jeune Fille, vêtue d'une longue robe bleu-ciel et qui s'avance dans la boue avec des petits chaussons en velours bleu très doux. Elle part tristement. Soudain, la magnifique Porte du Château du Bonheur brille sous la tiède et calme lumière matinale. Amandine oublie tout à fait les Humains. Elle ne se maîtrise pas ; elle hurle sa joie, elle saute si haut qu'elle en perd un de ses chaussons, elle fait des pirouettes, elle danse, à nouveau, elle étouffe ce pauvre Théodore. Mais, dans cette joie folle, elle ne lâche jamais la petite Clef d'Or. D'ailleurs, pendant toute la durée du voyage, elle a serré si fort cette clef-là, que sa petite main gauche en est imprimée. Maintenant, tenant la Clef d'Or dans la main droite, elle s'apprête à L'introduire dans la Serrure Magique.

Brusquement un violent orage éclate. Des trombes d'eau envahissent les vignobles, trempent les vendangeurs, fauchent les grappes de raisins, embourbent charrettes et tracteurs, inondent et coupent les routes. Les vendangeurs doivent s'enfuir à pieds, abandonnant tout sur place. Pélagie, laide, vieille et grognon, toujours accompagnée de son horrible Chat noir, vient d'arriver devant le Château du Bonheur.

Pourtant, Pélagie a changé. Ce matin même, elle avait fait une chose incroyable, une chose impensable, une chose inouïe. Pensez ! Elle avait abandonné le Vieux Château, sombre et délabré ! .Elle avait abandonné Le Vrai Château Des Sorcières, qui grince, qui craque, qui laisse pénétrer le vent tournant, le vent hurlant ! Parce que Ce N'était Plus le Château Idéal, puisque Amandine, sa petite sœur était partie ! Pélagie venait de redécouvrir un sentiment étrange, un sentiment qu'elle avait déjà éprouvé le jour des deux cents ans de la Jeune Sorcière. Enfin, Pélagie se rend compte qu'elle est triste, qu'elle a de la peine. Ce sentiment trop nouveau l'effraie. Elle découvre qu'Amandine lui manque, qu'elle aime Amandine, qu'elle ne peut rester éloignée de sa petite sœur. Alors, elle abandonne sa hargne, sa colère et sa méchanceté dans le Château des Sorcières.

Mais, arrivée au-dessus des vendangeurs, elle ne peut s'empêcher, une dernière fois de laisser éclater son sale caractère.

Amandine est effrayée de voir sa sœur. Immédiatement, elle pense que Pélagie est venue lui reprendre la Clef d'Or. Elle réagit aussitôt et introduit la Clef d'Or dans la Serrure Magique. La Porte Magique s'ouvre toute grande. Amandine pénètre la première dans le Château du Bonheur. Elle devient instantanément la Jeune Fée, bonne et jolie qu'elle souhaitait être depuis si longtemps...

Alors, Théodore le perroquet, s'envole et passe sous le porche : il devient instantanément un Jeune Prince Charmant. Théodore avait toujours aimé Amandine. Et cette fois, c'est lui qui l'étouffe en la serrant dans ses bras...

Le Vilain Chat Noir, curieux, s'avance. Aussitôt qu'il se trouve dans la cour intérieure du Château, il disparaît totalement. On voit alors un Vieux Roi, charmant, qui retourne vers la Porte d'Entrée du Bonheur. Il va chercher Pélagie, la Vieille Méchante Sorcière restée à l'extérieur du Château. Il la salue respectueusement, lui tend la main, et l'aide à pénétrer sous les voûtes du Porche. Pélagie devient instantanément une sympathique Vieille Fée qui regarde avec tendresse ce Vieux Roi si charmant. Alors, elle décide de l'épouser immédiatement et ne lui demande même pas son avis. Mais cela fait bien rire ce bon Vieux Roi si charmant, parce que c'est exactement ce qu'il souhaite...

Amandine et Théodore qui se regardent et qui se sourient ne voient même pas les deux charmants petits vieux qui se tiennent par la main juste à côté d'eux. Pélagie, toujours énergique, se plante alors devant Amandine et Théodore et dit avec autorité " Je vous déclare mariés ".

Amandine et Théodore se sont mariés il y a huit ans déjà. Ils vivent heureux entourés de leurs vingt-six enfants, tous nés dans ce merveilleux Château du Bonheur. Le Coffre magique est resté dans le Château des Sorcières. Amandine porte à son cou La Petite Clef d'Or, suspendue à une jolie chaîne. La Petite Clef d'Or ne servira plus jamais : La Serrure Magique ne peut fonctionner qu'une seule fois. La magnifique Porte Magique restée grande ouverte, permet à tous, s'ils le souhaitent, de venir se réfugier dans le Château du Bonheur.

Nous sommes tous les enfants de Théodore et d'Amandine : Nous sommes gentils , jolis, intelligents et doux comme nos Parents. Et s'il nous arrive d'être grognons, hargneux, coléreux, Tante Pélagie intervient, autoritaire. Je vous interdis, de ressembler à votre Tante !!! Venez tous vous asseoir autour de moi ! Je vais vous raconter une merveilleuse histoire... Et elle recommence pour la dixième fois au moins : Deux Sorcières vivaient dans un vieux Château... On la connaît par cœur son histoire, mais on n'a pas intérêt à bouger. Tante Pélagie, pour avoir le calme, serait capable de nous transformer en statues...

Nous sommes douze filles : Amel - Anessa - Audrey - Cécile - deux Christelle - Emilie - Najlaa - deux Patricia - Stéphanie - Sylvie. Nous sommes quatorze garçons : Brice - Cédric - David - Fabrice - Gautier - Grégory - Guillaume - Halim - Jean - Jérôme - Joseph - Nicolas - Nima - Yoram.

Mais, Personne n'ose bouger sous le regard de Tante Pélagie.

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